Textes

Promenade nocturne sur la jetée

Bleu-nuit, nuit noire, noir d’encre, encre bleue…


On s’est arrêté sur le quai devant la mer, l’horizon lointain, le ciel infini, fermement ancré sur la berge car plus on se fait attentif, plus grande est la force qui nous pousse à plonger…

C’est d’abord un bleu si doux teinté de mauve et de gris qu’un petit point rouge fait chanter, et nous voilà précisément séduits par ce point insignifiant qui nous intrigue et qu’on voudrait rejoindre.. Alors on tourne la tête vers le tableau suivant:

Bleu, plus bleu, bleu-roi, qui se fait plus noir là où le ciel se mêle à la mer étale qu’une jetée noire ourlée de blanc transperce et  que deux bateaux blancs tentant d’y accoster font paraître plus noire encore…

Puis le soir descend, la brume s’élève.., à moins que ce ne soit le contraire : un petit matin gris dans la brume dont le charme discret nous enveloppe et nous emmène au rêve…..

Mais soudain du bleu on passe au vert le plus sombre, vert gris de plomb, vert de gris, et l’on se sent attiré inextinguiblement  vers des abysses insondables… si ce n’était encore une fois ce minuscule point rouge surmonté d’une voile blanche qui nous raccroche fragilement au jour et à la vie.

Or voici qu’un dernier bleu, bleu-nuit, superbe, nous arrête : et là, mer et ciel se confondent malgré cette frange noire de vagues roulant à l’horizon qu’elles barrent sournoisement et qui assurément, en déferlant jusqu’au rivage, nous emporteront dans la nuit.

Françoise Autin

DÉMARCHE ARTISTIQUE


    La photographie est-elle pour moi un point de départ pour cheminer vers des émotions  conscientes et voulues ?

Je flotte et j’attend le moment de percer le miroir de l’eau, et je plonge par cette fenêtre.


    Mes recherches sur le paysage sont des démarches pour s’approcher de la partie la plus stimulante et vibrante de la nature : sa puissance douce.

    J’ai donc commencé des tableaux appelés « portraits de paysage » où je mettais en avant à chaque fois un aspect de la nature.

Inspiré par l'immensité des masses d'eaux salées. La série « géométrie des bords de mer »  se focalise sur l’image « impressionnante » de la mer vue d’un terrien. L'homme défie cette force naturelle au fil du temps en arrimant quelques évanescents repères, bouées, amers, pontons que le photographe fige sur son film. Un paysage infini dont les horizontales, lignes d'horizon, fixent les limites de croisement entre le ciel, la mer et la terre. Ce sont les parallèles insaisissables quelques fois tangentes quand elles sont au contact des constructions de bord de mer.

    Les cadrages, la construction des lignes directrices et la composition des couleurs sont choisis pour laisser place à l’imaginaire. 

La nature autour de moi a toujours été généreuse, je cherche à produire des œuvres calmes et très souvent silencieuses. Sorties des tumultes quotidiens, mes photographies se rapprochent du sentiment de sérénité, d’un état de méditation. Ayant grandi à la campagne, je n’oublie pas que je fais partie de ce monde, de son équilibre. J’attache une importance au présent, un présent universel. J’ai en tête les artistes qui ont façonné mon regard, mon imaginaire. Le temps que je vais inscrire dans ces photographies doit rechercher à remercier des artistes comme Rembrandt pour ses clair-obscurs, Turner pour ses ambiances lumineuses, Nicolas de Staël autant pour ses couleurs que ses gris, à s’inscrire au plus près de l’instantané de Willy Ronis, de la rigueur de Bernd et Hilda Becher adoucie par les expérimentations de Man Ray, de Sigmar Polke et arriver à se rapprocher de Béatrix Von Conta et Thibeau Cuisset….

Série « J’veux de la couleur ! »


    J’attache beaucoup d’importance à l’instantané, au présent, je ne cherche pas à effacer l’homme car c’est un animal qui me fascine, juste à lui laisser sa simple et très petite part. Si l’homme est peu dans la nature, il est un domaine dans lequel il est omniprésent : celui de la pensée.

    Depuis la montée en puissance des nationalistes, la grisaille du pouvoir, les pensées semblent en crise et connaitre les pires tremblements, cette nouvelle série veut s’opposer aux noirceurs qui envahissent les idées !

Comme une nécessité de replacer en premier plan ces richesses que sont les couleurs vives et fugaces, mes tableaux représentent alors la nature dans ses expressions de couleur les plus vives.

    A-t-elle un moyen de nous étonner ? Elle se rappelle à nous certains instants grâce à son exceptionnelle créativité. Un éblouissement face à l’aspect grandiose de ces moments où les éléments s’embrasent, cette palette très large de couleur est là en opposition à l’ordre et à la raison économique.

    Cette série s’est imposée comme une bouffée d’air salutaire, l’art, futilement indispensable, fait act de résistance.

All rights reserved ©Samuel Guille   50 rue du bourg , 26220 Dieulefit  N°: 06 81 59 65 69 

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« Par les champs, par les grèves »

Exposition de Jeannie LUCAS, dessins peints et Samuel GUILLE, photographies


« Par les champs et par les grèves (voyage en Bretagne) est un récit de voyage écrit par Gustave Flaubert et Maxime Du Camp, rédigé en 1847 et publié séparément entre 1852 et 1881. Ouvrage écrit par deux amis et composé de douze chapitres, Du Camp rédigea les chapitres pairs et Flaubert, les chapitres impairs. Pour Flaubert, ce voyage a été « une fort jolie excursion ». Sacs au dos et souliers ferrés, ils ont fait tous deux 160 lieues dans des conditions parfois difficiles. Il est très satisfait de son expédition, impressionné par la mer, « le grand air, les champs, la liberté, j’entends la vraie liberté, celle qui consiste à dire ce qu’on veut, à penser tout haut à deux, et à marcher à l’aventure en laissant derrière vous le temps passer sans plus s’en soucier que de la fumée de votre pipe qui s’envole. », citation en exergue de cette exposition de Samuel Guille et Jeannie Lucas, tous deux arpentent, pour l’un les grèves et les dunes, pour l’autre les étendues marines et les ciels encadrés parfois de monts ou de collines.

Le silence est constituant de leurs réflexions actuelles et des choix auxquels ils sont confrontés, ce point de vue plus qu’un autre, ce cadrage à celui-là, ce graphisme ou cet autre, soulignant pour chacun d’eux, la part nécessaire du libre champ de leur imagination, de celle imposée par leur technique, l’un l’appareil photo, l’autre la plume griffant ou caressant le papier. Au bruit que produisent leurs instruments et leur matériau, s’oppose le silence de la Nature. Luc Brisson* rapporte une prosopopée* d’un échange entre Plotin* et ses disciples, si quelqu’un demandait pourquoi la Nature produit et qu’elle acceptait d’écouter celui qui questionne, la Nature répondrait: “Tu ne devrais pas poser de question mais comprendre toi aussi en silence… Comprendre quoi ? “Que ce qui naît, c’est le résultat de ce que je vois, en silence, c’est un résultat de contemplation qui est naturellement engendré, et que moi, qui suis née d’une telle contemplation, il se trouve que j’ai pour nature d’aimer contempler. Et ce qui en moi contemple, produit le résultat de ma contemplation…”

Jeannie LUCAS


*Luc Brisson : Philosophe, Directeur de recherche au CNRS, Paris-Villejuif in “Silences”, éd. Prétentaine, avril 2018

*Prosopopée: Figure rhétorique par laquelle l'orateur ou l'écrivain fait parler et agir un être inanimé, un animal, une chose ou une personne absente.

* Plotin, en grec Πλωτῖνος, en latin Plotinus (205 - 270 apr. J.-C.), philosophe gréco-romain de l'Antiquité tardive, est

le représentant principal du courant philosophique appelé « néoplatonisme ». Sa relecture des dialogues de Platon fut

une source d'inspiration importante pour la pensée. L'intégralité de ses écrits a été publiée par son disciple Porphyre de Tyr, qui les a regroupés sous la forme d'Ennéades.